LE CICIBA : ON LE TUERA DÉFINITIVEMENT OU ON LE SAUVERA ?

Posté par lpcumoja le 19 novembre 2011

obo1.jpgLe président Omar Bongo Ondimba

DANS LA CARRIÈRE du Professeur Théophile Obenga, il est une partie dont on ne parle jamais ou pas assez : son passage à la tête du CICIBA (Centre international des civilisations bantu). En effet, il a eu à diriger cette institution par le passé et, sous sa direction, on a par exemple eu deux ouvrages très importants concernant justement les Bantu*. Les Africains qui rêvent de recherche, qui s’adonnent (quand ils en ont les possibilités), il y en a à foison. Mais quand on leur dit « CICIBA », on a souvent un silence de cimetière qui nous répond…

obenga1.jpgLe Pr. Obenga

OMAR BONGO ONDIMBA fait partie de ces Hommes dont il est difficile de parler, car il a un côté ombre et un côté lumière qui brouillent, à mon humble avis, la perception des choses. C’est un nom qui est décrié (moi le premier, je ne m’en cache pas !) suite à son passage à la tête du Gabon (1967-2009). Et quand on est Panafricain, difficile de passer sous silence le zèle que cet homme montra dans la défense des intérêts français au détriment des intérêts de ses compatriotes africains. Pourtant, le CICIBA, c’est à lui qu’on le doit. On pense souvent que les présidents qui ont de « longs papiers »** sont les plus à même de lancer de grands projets de R & D***. En effet, du 5 au 9 juillet 1982, lors de Conférence des ministres de la Culture de la zone bantu (Libreville), le CICIBA vit le jour sous l’impulsion de cet homme. Furent présents, les représentants de l’Angola, du Burundi, du Congo, du Gabon, de la Guinée équatoriale, du Rwanda, de Sao Tomé e Principe et du Zaïre****. Du 4 au 8 janvier 1983, les Comores et le Zaïre entrent dans le jeu et paraphent le document de cette création. Pour le président Omar Bongo, le CICIBA était destiné à devenir « le carrefour culturel privilégié de l’Afrique subsaharienne ». Politiquement, il est question de diminuer les barrières linguistiques issues de la Conférence de Berlin qui dépeça notre continent. C’est aussi cela le paradoxe des Hommes : cet homme avait posé ainsi un véritable acte panafricaniste ! Sans vouloir faire un éloge démesuré de cet homme, il faut noter qu’il apprit le lingala au Congo du temps de la coloniale. Comme beaucoup d’Africains, il était polyglotte et c’est une richesse dont nous ne mesurons pas toujours l’importance…

matheyboo1.jpgMme Mathey-Boo

LE CICIBA VA DONC PRENDRE racine à Libreville avec des bâtiments offerts par le gouvernement gabonais. Son DG est nommé par la Conférence des ministres de la Culture. Il a pour tâches entre autres la recherche, la documentation, la diffusion, l’animation, la formation, la coordination, etc. … pour les sciences humaines et la culture. Une Data Bank est créée, ainsi qu’un Data Center sur toutes les civilisations bantu. Des programmes de recherche sont lancés dans des domaines divers : technologies, anthropologie, linguistique, histoire, arts plastiques, droit, philosophie et autres. Même si de nombreux pays ont signé et paraphé, le Gabon finance longtemps en grande partie le CICIBA.

lecicibaenreconstruction1.jpgLe nouveau siège du CICIBA, en construction

MALGRÉ TOUT CELA, le CICIBA n’est pas connu. En juin 2009 dernier, Mme Marie-Hélène Mathey-Boo (RDC) DG du CICIBA, faisait ses adieux au Premier ministre gabonais José Eyeghé Ndong. Elle arrivait à la fin de son mandat. Personne n’en a parlé. Pourtant, elle avait déclaré aux media gabonais qu’elle laissait derrière elle une institution malade qui n’arrivait pas à donner les résultats escomptés depuis quelques années. Au départ même, il était question de créer un marché commun des produits culturels de la zone bantu. Rien que les 20 millions de Camerounais, les 50,5 millions de Sud-Africains, les 71,7 millions de RDCiens, on en est déjà à plus de 142 millions de consommateurs potentiels. Mais nos dirigeants ne semblent pas s’intéresser à cela. Ils se disent tous partisans de l’intégration (régionale, sous-régionale), mais ne font pas de grands efforts pour que les choses aillent de l’avant. Le CICIBA n’a même pas de site Internet ; les ouvrages publiés suite aux travaux des chercheurs du CICIBA sont rares. L’Angolais Vatomene Kukanda, DG de 1993 à 2005 (12 ans !) a dit que si les objectifs ont été atteints à seulement 10% (d’après un audit de l’UNESCO, un des partenaires du CICIBA), c’était « faute de moyens » … Oui, il faut dire que les arriérés des cotisations des États-membres s’élevaient en 2005 à 2,7 milliards de XAF. Le budget annuel de fonctionnement faisait à peine vivre à ce moment-là la dizaine de cadres de la maison ! Du 23 au 25 juin 2005, lors de la réunion des ministres de la Culture, seuls 3 furent présents. A-t-on besoin d’une meilleure image pour comprendre que nos dirigeants ne portent aucun intérêt à la chose ? Il est clair dans leur esprit que cette institution ne sert à rien. De toutes les façons, lisons bien leurs discours, écoutons bien leurs propos : quelles places sont accordées à l’histoire, à la culture, etc. ? Nos ministres sont très bien dotés en 4x4 bien flambants et j’en passe ; mais nous ne sommes pas capables de gérer de conserver, de faire évoluer cette maison qui pourtant a été conçue pour notre bien.

Obambé GAKOSSO, ©

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* : Les peuples bantu migrations, expansion et identité culturelle (tome I & 2), L’Harmattan

** : En argot abidjanais, avoir fait de longues études

*** : Recherche et Développement

**** : Le Nigeria et le Zaïre seront présents comme observateurs.

 

 

 

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